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Amours, sacralité et ivresses....

Giovedì 19 Gennaio 2017 12:35

RRHINOCEROS

 

Du 05 au 21/01/2017 au Théâtre du Rond-Point| Durée : 1h50 | Pour y aller

Amours , sacralité et ivresses

Pippo Delbono, metteur en scène italien connu pour la radicalité de son approche, présente en ce début d’année son nouveau spectacle, « Vangelo ». Sur fond religieux, mort et allégresse se regardent deux heures durant, transportant le spectateur de dualité en dualité : amour et violence, éternité et instant présent, infini et mort… Fascinant.

Le metteur en scène crée « Vangelo » en hommage à sa mère, à sa demande. Sur le thème des évangiles, il décline des réflexions autour de la religion catholique, de l’individu, des souffrances et des joies, tout cela par un décor épuré et l’utilisation d’objets rares, mais symboliques. En résulte un spectacle où l’exaltation côtoie le sacré, de tableau en tableau.

Des personnes – et non des personnages

Une des premières choses qui frappe dans l’approche de Delbono est l’extrême force des comédiens. Leur étrangeté, la radicalité de leurs comportements, leur rapport frontal au public, ainsi que l’impression d’entièreté qu’ils lui laissent s’impriment immédiatement, et décuplent les effets mis en place par le metteur en scène. Même leurs voix, filtrées par les micros, semblent infiniment proches. Ils sont nommés par leurs prénoms – comme souvent chez Delbono.

Il ne s’agissait plus de travailler sur le texte de quelqu’un d’autre ou d’incarner un personnage, mais de s’engager soi-même et peut-être aussi de se découvrir soi-même. ¹

Delbono, présent comme à son habitude au plateau, se livre lui aussi avec chaleur et complicité à son public, sans pour autant tomber dans l’auto-centrisme ni éclipser ses acteurs. Sa voix, sorte de guide tout au long du spectacle, résonne en quasi-continu, tissant une continuité dans un propos riche et composé : naviguant des souvenirs de Pippo à ses rencontres ou à son regard sur le Nouveau Testament, le spectacle se déploie comme une grande fresque, que l’on suit avec naturel et engouement.

Un regard tendre et amusé sur la religion catholique

Loin de tomber dans l’écueil de la critique facile et provocatrice des traditions chrétiennes italiennes, Delbono porte au contraire un regard nuancé et compréhensif sur celles-ci – la douceur avec laquelle il aborde ces questions constitue un hommage complice et joueur à sa mère. Cela ne l’empêche pas de faire la part des choses et de donner sa propre lecture à cette part de sa culture et de son éducation profondément traditionnelle et patriarcale. LN’évoquant ni l’Ancien Testament, ni les dogmes, il propose en revanche de rejouer certains épisodes des Évangiles, entrecoupant son spectacle de visions sacrées à l’esthétique forte, et à l’atmosphère riche : ombres et lumières, musiques religieuses, lenteur… Delbono retente ainsi de donner à la figure de Jésus une existence en dehors de la culpabilité enseignée par l’église, par la beauté. Mais aussi par l’humour.

Il humanise également ces récits bibliques en créant des face à faces avec des récits personnels, les siens, ou ceux d’autrui – c’est le cas par exemple de celui de son ami migrant, dont la voix relate avec calme et douceur des péripéties d’une violence extrême, tout cela sur projection de mer scintillante. Peut-être sont-ils tous des martyrs, ou alors n’y a-t-il pas de martyrs, simplement des obstacles et souffrances à surmonter, afin d’atteindre une autre dimension : celle de la joie.

Ode à l’amour et à l’ivresse

On va ainsi durant une heure cinquante, suivant Delbono dans ses récits chaleureux, ou entre de courts monologues sur l’amour déclamés à voix basse par ses comédiens. D’une beauté rare, ces textes gardent en lumière le propos principal de Pippo : l’amour de l’autre, inexplicable, et l’ivresse, la joie et la folie de vivre. On retrouve quelque chose de Jodorowsky dans cette harmonie entre sacré et profane, et l’assimilation sans rancune de cet héritage religieux : il n’est pas nécessairement contradictoire avec une exaltation de l’instant et de l’éphémère. Être animé par le désir de toucher à cette dimension du sublime, le metteur en scène italien l’énonce ainsi :

Je parle de la vraie joie, celle que tu connais quand tu dépasses la douleur, c’est cette beauté que je cherche. ²

Avec qui y aller ? Un-e anarchiste, un-e fervent-e croyant-e, votre propre mère.


 
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