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L'Evangile selon Delbono - Le Monde

Venerdì 13 Gennaio 2017 00:29


« Vangelo », l’Evangile selon Pippo Delbono

Le comédien et metteur en scène italien, entouré de sa troupe pas comme les autres, bouleverse le Théâtre du Rond-Point.

LE MONDE | 12.01.2017 à 06h44 • Mis à jour le 12.01.2017 à 10h35 | Par Brigitte Salino

Pippo Delbono sur la scène du Théâtre du Rond-Point à Paris dans sa pièce « Vangelo ».

Pippo Delbono et sa mère : le sujet est inépuisable. C’était une mère italienne devant l’Eternel. Elle aimait plus que tout Dieu et son fils, à qui elle disait, sur son lit de mort : « Pippo, pourquoi tu nefais pas un spectacle sur l’Evangile ? » Pippo l’a fait, il s’appelle Vangelo, on peut le voir au Théâtre du Rond-Point, et c’est un cadeau comme le théâtre peut en offrir quand il ne cherche pas l’épate : bricolé avec affection, maladroit avec tendresse, doux comme certains rendez-vous.

Pour apprécier Vangelo, il faut se laisser porter par des mots, des images, des sentiments. Et des gens, surtout. Car Pippo est sur le plateau avec son monde, des comédiens pas comme les autres, qui sont avant tout des personnes, venues de tous horizons, souvent bizarres, grandes, grosses, maigres, trisomiques comme Luca ou microcéphales, sourdes et muettes, comme Bobo. Toutes belles de ne pas chercher à être autres que ce que la vie leur a donné, elles sont mises en scène dans des tableaux qui racontent comme toujours l’histoire de Pippo Delbono, connue par cœur de ses aficionados et réenchantée d’être de nouveau entendue, dans un nouveau chapitre.

Pippo Delbono dasn sa pièce

Celui-ci s’appelle donc Vangelo (« l’Evangile », en italien), et c’est un journal intime, un requiem pour l’amour d’une mère, une sarabande noire et une ode à la vie. Pippo Delbono a beaucoup fréquenté les églises quand il était enfant. Puis il s’est détaché du catholicisme, parce qu’il était en rage contre le dieu qu’on lui avait imposé, un dieu de la peur. Sa mère ne supportait pas qu’il soit devenu bouddhiste. Jusqu’au bout, elle a essayé de le convertir, en lui parlant de l’amour. Cet amour est dans le spectacle, à la façon de Pippo Delbono, qui épouse le monde. Quand il préparait Vangelo, il a eu un problème aux yeux. Il voyait double, trouble, se sentait mal. Alors, il est parti à la rencontre de migrants jetés sur les rives italiennes, avec lesquels il a tourné un beau long-métrage, Vangelo, qui sera programmé sur Arte en janvier.

On en voit des images à un ­moment du spectacle, et Pippo raconte dans le film qu’auprès d’eux il s’est senti à l’endroit juste, comme quand il s’était enfui avec Bobo de l’asile psychiatrique. A ce moment-là aussi, il allait mal, à cause du sida.

Une idée de l’amour vrai

Un moine bouddhiste lui avait dit : « La compassion, c’est sombrer dans les zones les plus noires, les plus obscures. Quand tu toucheras le fond, turemonteras quelqu’un et remonteras avec lui. » Bobo fut celui-ci. Il avait été interné quarante-quatre ans près de Naples quand Pippo l’a rencontré, en 1996. Depuis, il est devenu une star. La scène est son royaume : il apparaît et on ne voit que lui.

Aujourd’hui, Bobo a 80 ans. Quand Pippo lui prend la main et qu’ils s’éloignent ensemble vers les coulisses, l’un grand et costaud, l’autre petit et frêle, on approche une idée de l’amour vrai.

Dans Vangelo, Bobo chevauche un cheval à bascule, ou porte les cornes du diable, que Pippo préfère à Dieu parce qu’« au moins il est plus féminin, bisexe ». Bobo danse aussi, avec tous les autres, parce qu’il faut danser, jouir de la beauté des corps, de la puissance de la musique, oublier que « nous avons été jugés comme pervers, malades, différents, athées, putains, pédés, clodos, gitans », et ne pas avoir peur de la solitude. La rédemption n’est jamais loin du désastre, chez Pippo Delbono. Les deux s’enlacent dans son Evangile, crucifié par l’image du Christ et le malheur du monde, nourri d’une croyance qui emprunte à saint Augustin, Pier Paolo Pasolini ou Led Zeppelin, et porté par un sentiment de la vie qui fait que l’on se sent bien, tout simplement, en la compagnie de Pippo Delbono et de ses amis.

Vangelo,de et mis en scène par Pippo Delbono. Avec Gianluca Ballarè, Bobo, Margherita Clemente, Ilaria Distante, Simone Goggiano, Nelson Lariccia, Gianni Parenti, Alma Prica, Pepe Robledo, Grazia Spinella, Nina Violic, Safi Zakria, Mirta Zecevic. Théâtre du Rond-Point, 2 bis, av. Franklin-D.-Roosevelt, Paris 8e. Tél. : 01-44-95-98-21. Du mardi au samedi, à 21 heures ; dimanche à 15 heures. De 12 € à 38 €. Jusqu’au 21 janvier. Durée : 1 h 40. En italien surtitré. www.theatredurondpoint.fr/spectacle/pippo-delbono

Brigitte Salino
Journaliste au Monde

 
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